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Tests et bancs d'essai

Music Sound

n°2, avril 2006

Recording

n°42, mars 2005

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n°29, janvier 2004

Interviews et dossiers artistes

Music Sound

n°2, avril 2006

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Music Sound

n°1, mars 2006

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Recording

n°42, mars 2005

Chroniques

 Bill Bruford & Tim Garland

Earthworks Underground Orchestra

(Summerfold Records/VoicePrint)


Réaction imaginaire (ou anticipée ?) : « Quoi ? Un big band jazz en disque du mois ? Enregistré en public ? Et de qui, Bill Bruford… Non ? ». Pourtant… S’il est normal d’associer Bill Bruford aux maîtres étalons d’un certain rock progressif que furent Yes et surtout King Crimson, le batteur a fait tout autre chose depuis. D’abord le Roi Pourpre a, à chaque incarnation (années 80 et 2000), pris dix ans d’avance sur les groupes dits de rock intelligent, d’art rock. Ensuite les featuring nombreux de Bruford, de Jamaladeen Tacuma au New Percussion Group Of Amsterdam, en passant par Kazumi Watanabe, Annette Peacock ou David Torn, montre quel est son réel penchant : le jazz, en sa définition de musique qui tourne, où l’on improvise, où l’on ne se limite pas à des structures couplets/refrains et des harmonies simples (-istes). Non pas le jazz chabada, les AABA, les 32 mesures de chorus, les chase, etc. Il y a 20 ans (déjà…) est donc apparu Earthworks, extraordinaire quartet mêlant instrumentarium classique et batterie acoustique et électronique. Fondateur, vite copié donc remanié, avec un retour aux instruments acoustiques. Et puis l’idée de fêter cet anniversaire, avec un nonet, au Iridium de New York, suivie de ce double album. Rarement répertoire aura été magnifié par une telle remise en forme. Pas question de tout déstructurer, la matière est tellement riche, mais d’harmoniser, créer des voicing et laisser libre cours à la joie de jouer. On le sait, le son c’est une histoire de rapport entre fréquences, de placements et de dynamique. Et la maîtrise de l’arrangeur est telle que l’on a l’impression d’entendre plus d’instrumentistes qu’il n’y en a. C’est dû à l’équilibre entre les différents instruments et voicings : donc fréquences et placement stéréo. Les morceaux sont en perpétuel mouvement, la progression de « Libreville » étant à cet égard exemplaire : dynamique musicale (progression dramatique, l’étonnante arrivée du baryton…) et sonore (les couches successives d’instruments). Une richesse dont l’écoute assidue depuis un mois n’est pas venue à bout…

J.-S. G.

Nguyên Lê Quartet

Walking on the Tiger’s Tail

(Act/Night & Day)


Une des nombreuses qualités de Nguyên Lê est son extrême ouverture d’esprit. Ce qui le conduit à mener des projets aussi divers que Tales From Viêt-Nam, Maghreb & Friends, Purple, ELB ou Mangustoa. Cette curiosité musicale est un moteur unique de créativité, qu’il stimule aussi en mêlant nouvelles collaborations et retrouvailles « rassurantes ». Ainsi Walking… le voit s’associer pour la première fois à Jamey Haddad, percussionniste et batteur et renouer avec Art Lande, pianiste sur ses premiers albums, et Paul McCandless aux anches, déjà présent sur plusieurs disques du guitariste. Un pari est donc déjà pris, celui de se passer de bassiste. Pari qui amène à une écriture différente, évitant la tentation de remplacement systématique par des guitares ou main gauche au piano, au bénéfice d’une légèreté et d’une fraîcheur des thèmes et harmonies. Si des tensions affleurent sur certains titres, l’impression globale qui se dégage est une atmosphère de sérénité. Ce qui ne veut pas dire mièvrerie ou facilité : l’écriture est extrêmement sophistiquée, mais elle a l’élégance de ne pas être ostentatoire, tout en affirmant un univers de plus en plus personnel et toujours en mouvement, souligné par une production sans fautes. Un très beau disque.

J.-S. G.

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Vincent Artaud

Artaud

(B Flat Recordings/Discograph)


Le jazz actuel montre plusieurs « formes » : d’abord, le respect de la tradition et de son instrumentarium, New-Orleans, swing, bop, free, etc. Ensuite, les mélanges où l’euro-américanisme rencontre l’Inde, le Maghreb, l’Extrême-Orient... Ou encore l’énergie des grooves électro qui s’affronte à la virtuosité des solistes. Et puis, il y a les productions hors sentiers battus. « Artaud » appartient à cette dernière catégorie. Il est étonnant de constater à quel point Vincent Artaud a pu faire entrer d’influences diverses dans son premier album tout en gardant une grande cohérence stylistique et artistique. Montrant un véritable travail de compositeur, d’orchestrateur (les deux ne vont pas forcément de pair) et de programmateur, les 10 titres mixent avec bonheur instruments acoustiques (cuivres, vents, cordes, percus...) et l’informatique, loin de toute facilité apportée par cette dernière. Le non-dit, la tension, la suggestion et la surprise sont les maîtres-mots, complétés par un net refus de la joliesse mélodique, de l’évidence rythmique ou harmonique. Et ainsi s’entrecroisent dans des pièces en perpétuel mouvement Reich, Stravinsky, le rock progressif, Adams, Debussy, le jazz, Schifrin, Elfman, la bossa, Bartok, Copeland, etc. Tout en étant définitivement du Artaud. À découvrir de toute urgence.

J.-S. G.

Elisabeth Caumont

Préliminaires

(Amafaçon)


Rare, trop rare Elisabeth Caumont… Ce retour autoproduit, même si court (cinq chansons, un peu plus de dix-huit minutes), n’en est pas moins une excellente nouvelle. Car si la dame reste active sur scène, sa discographie n’est hélas pas abondante. Ici, pas de reprises, que des compos originales. Pourtant, la chanteuse avait su habiller de textes Monk, Parker et Corea (EC, 87), Weather Report et Strayhorn (Acte 2, 88) et autres standards lors de la splendide rencontre avec Jimmy Rowles,  Dix Chansons d’amour (90). Sur Préliminaires, elle met en paroles les notes de Benoit De Mesmay, Michel Pérez et Celia Reggiani, tous présents sur le disque, en compagnie de Médéric Bourgue. L’orientation est cette fois plus chanson « jazzée », swinguante, que purement respectueuse des idiomes jazz. Mais la voix se pose toujours avec ce sens rythmique étonnant et cette qualité d’interprétation qui permet, par une « simple » modification de prononciation des voyelles, de passer d’un ton triste, anxieux ou désabusé à la joie. « Ah ça vraiment ! » passe ainsi d’une angoisse quant à un avenir artistique à l’assurance apportée par son compagnon, « Je t’ai, tu m’as » est une belle déclaration, « Grâce mâtinée » renoue avec le blues ironique façon « Cafard et café noir» sur EC,  bref, sobrement accompagnée, la chanteuse nous touche.

J.-S. G.

John Greaves – Élise Caron

Chansons...

(Le Chant du Monde/Harmonia Mundi)


Heureuse lucidité que la vôtre, monsieur John Greaves, en vous apercevant que « trois ébauches musicales... avaient un certain potentiel en tant que chansons ». Heureuse, car elle a mené à cet album de 16 titres mis en mots par Christophe Glockner. Et heureuse réunion de talents musicaux : vous-même (piano et basse), David Venitucci (accordéon), et sur quelques titres, Louis Sclavis (clarinettes et saxes), Vincent Courtois (violoncelle) et Robert Wyatt (percussions et voix). Heureuse, car vous privilégiez l’émotion et le dépouillement en ces temps de surenchère technologique, où plus aucune mélodie ne se peut concevoir sans un trop plein de production. Heureuse, car vous nous donnez à entendre la trop rare Élise Caron, touche-à-tout de génie, aussi à l’aise dans La Périchole montée par Savary qu’avec l’ONJ de Badault (ah, « À plus tard... »), avec Albert Marcœur qu’avec Jean Schwarz ou sur ses projets scéniques personnels (Eurydice Bis, en attendant Sade Songs). Heureuse, car « Trois fois rien », « Mélange », « Bestiaire », « Infini » et les autres ont définitivement imposé leur eurythmie dans notre taxonomie musicale personnelle. Pour cet album, monsieur John Greaves et madame Élise Caron, merci.

J.-S. G.

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François de Roubaix

Le monde électronique de...

(Emarcy/Universal)


On peut regretter que la discographie de François de Roubaix soit aussi incomplète. Beaucoup de compilations et peu d’intégrales d’un film, d’une série... La thématique choisie pour ce CD permet au moins d’aborder l’aspect précurseur de ce « metteur en musique » génial qu’était de Roubaix. Précurseur, puisqu’en 72, peu de musiciens ou compositeurs pouvaient se targuer de posséder un home-studio 8 pistes et d’y réaliser seuls leurs B.O. Précurseur, puisque le mélange acoustique et électronique était encore loin d’être familier au grand public. Mélange qui effraiera d’ailleurs Cousteau : si l’association de ces 2 fous de la mer semblait évidente, le commandant n’a pourtant pas retenu le score conçu pour L’Antarctique. Le mérite de cette compilation est de faire enfin découvrir la partition dans son intégralité, inventive et somptueusement réalisée, mixant parties enregistrées chez l’artiste et d’autres (l’orchestre) rapatriées du studio. Cousteau a, à l’inverse du compositeur, singulièrement manqué d’audace... L’occasion aussi de réentendre le magnifique thème de La Scoumoune de Giovanni, le générique plombant de R.A.S de Boisset, quelques maquettes ou les superbes parties composées pour la série La Mer est grande. De Roubaix est incontournable.

J.-S. G.

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Marc Guillermont

Zappostrophe – Tribute To Frank Zappa

(Socadisc)


Quel bonheur que ce disque existe... Certes, les hommages à Zappa ne manquent pas, réalisés par des anciens musiciens ou admirateurs du compositeur-guitariste. Mais aucun n’a atteint ce que réussit Marc Guillermont. Il a entièrement écrit, interprété (à l’exception des saxes et voix féminines), enregistré, mixé et masterisé cet album dans son home-studio. Les programmations de batterie sont à ce titre époustouflantes puisque, ne serait-ce le son, on a l’impression que Dunbar, Thompson, Bozzio et Colaiuta ont participé à l’album. Les titres sont des détournements textuels de ceux de Zappa : « Village Of The Fun », « Maya’s Roads », etc. Mais tous sont des compos originales. Et font subtilement référence à toutes les périodes du maître, de Absolutely Free à The Yellow Shark. En effet, Guillermont a totalement absorbé l’esprit zappaïen plus que la lettre : ainsi pas question de copier le son, le style de guitare mais plutôt de faire vivre sa propre sensibilité à l’intérieur d’un modèle. Pas un hommage compassé et stérile, mais la preuve qu’une école de composition zappaïenne peut exister, au même titre que d’autres courants musicaux. C’est en cela, et pour sa créativité et son interprétation, que l’existence de ce disque est un bonheur. M. Guillermont, bravo et merci.

J.-S. G.

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King Crimson

The Power to Believe

(DGM)


Depuis 33 ans et au gré des « fantaisies » et du bon vouloir de Robert Fripp, King Crimson propose une musique hors-norme, dont l’influence n’est pas aussi souterraine qu’on pourrait le penser. Pas de In Utero sans Red (Cobain dixit), et plus que des réminiscences chez Primus, Living Colour, Soundgarden, Phish, etc. Sans parler de la cohorte de suiveurs neo-prog ou métalleux sans imagination, pour qui reprendre à la note une musique pensée, créée et maîtrisée par d’autres fait office de projet artistique. Bref. Évolution logique, forme de continuité conceptuelle chère à Zappa, le Crimson nouveau séduira les amateurs de Red comme ceux de Discipline, et tous ceux qui ont les oreilles ouvertes. Moins de chansons et un retour vers l’instrumental. Violence froide, intellectuelle et humour morbide et décalé. Les emprunts au blues pointent encore, et les rares chansons réussissent toujours le mélange Beatles (le côté Belew) et métal intelligent cher à Fripp. « Level 5 » pourrait ainsi être « Lark’s tongues in Aspic, Part V », « Facts Of Life » renvoie à Exposure de Fripp (« I May Not Have Enough... »). Mais pas de passéisme dans l’album : Mastelotto n’hésite pas à intégrer des rythmiques drum’n’bass (« Elektrik ») et truffe les morceaux d’interventions à base de samples bidouillés. The Power... ou comment être toujours moderne, intègre et exigeant après trois décennies de carrière.

J.-S. G.

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Overhead

Silent Witness

Naïve


Rap, jazz, electro. Trois terrains musicaux bien occupés par la scène française. Par contre, niveau pop ou rock, le complexe anglo-saxon est toujours écrasant, et peu ont le courage ou la stature pour se frotter aux caciques du genre. Ou alors dans une pâle copie de références, avec de sévères lacunes côté voix, textes, production... Et puis, de temps en temps, déboule un véritable ovni. Overhead est ce nouvel ovni. Des musiciens au CV pour une fois guère épais, et un leader jusque-là totalement inconnu, qui forcent le respect. Rares sont les premiers albums qui en imposent autant : de la première à la dernière plage, tout est parfait. Si ! Enfin des prises de risques : plusieurs morceaux ne sont constitués que du chant et d’une nappe d’apparence minimale. D’apparence, car la production de cet album regorge de trouvailles sonores, sans aucun effet ostentatoire, mais parfaitement dosées. Enfin du son, du vrai, produit par des musiciens ! Enfin autre chose que trois accords sur des rythmiques banales, sans pour autant que l’on ait de démonstration stérile de savoir-faire. Et puis cette voix. Etonnante, affirmée, aventureuse, touchante... En un mot, crédible... Silent Witness : quand le mot « beau » (re)prend tout son sens.

J.-S. G.

Joni Mitchell

Travelogue

(Nonesuch Records/Warner)


Visiblement, Joni Mitchell n’en peut plus. Marre du show-biz, marre des maisons de disques, marre du monde (voir les peintures de pochette). Aussi, selon les rumeurs, la dame a décidé de tirer sa révérence. Généralement, quand un artiste fait ses adieux à la scène, il fait cadeau à « son » public d’un florilège de ses meilleurs titres, soit live, soit sous forme de simple compile. Seulement, Joni Mitchell n’est pas de cette race. Jamais un album pour rien... Voici donc Travelogue, double album certes constitué de reprises de ses propres titres, mais totalement revus et corrigés, sous les bons auspices de Vince Mendoza. Responsable des arrangements et orchestrations de Selma’s Songs de Björk, du dernier Di Battista, Round About Roma ou du précédent album de Mitchell, Both Sides Now, Mendoza apporte sa patte unique aux compos de la dame de Laurel Canyon. Plus de trente années revisitées, pendant lesquelles mélodies et textes ont inspiré à peu près tout songwriter digne de ce nom. Quelques invités triés sur le volet (les fidèles Hancock, Shorter, et aussi Preston, Wheeler, Blade...), une masse orchestrale totalement domptée et au service de l’émotion, et par-dessus, la voix. La voix. Merci, Joni Mitchell... Troisième disque du mois.

J.-S. G.

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Craig Armstrong

As If To Nothing

(Melankolic/Delabel)


L’album commence par une boucle de synthé. Puis arrivent les cordes. Puis la rythmique, mélange de batterie pitchée, de voix et de sons indus, puis ensemble de voix à la fin. Le ton est donné : l’orchestre sera le lien entre les morceaux de As If To Nothing, deuxième album de Craig Armstrong, musique d’un film imaginaire, parsemé de collaborations diverses (essentiellement chanteurs et chanteuses). La construction globale emprunte à la forme classique, les thèmes et harmonies se faisant écho d’un morceau à l’autre. Le travail du son n’a d’égal que la qualité d’écriture de l’orchestre : on est loin de tout cliché de nappes de cordes, de cuivres clinquants ou d ‘effets de dynamique. Les harmonies sont plus riches qu’il n’y parait à la première écoute, empruntant à la musique modale (cf. la superbe suite sur un mode de la gamme mineure harmonique du premier morceau), voire atonale. Les divers collaborateurs illuminent chaque morceau : l’émotion d’Evan Dando (Lemonheads) sur « Wake Up In New York », la beauté de la voix de la chanteuse hindoue Swati Natekar sur « Miracle », le magnifique « Sea Song » (Armstrong aurait-il en Wendy Stubbs, l’équivalent de Julee Cruise pour Badalamenti ?)…Même la relecture de « Starless » de King Crimson, mélange des bandes originales et d’arrangement piano et orchestre, à priori risquée (que rajouter ?), est une réussite. Seul Bono semble manquer de l’émotion présente sur tout l’album, dans sa reprise de Stay (« Faraway, So Close ! »). Et l’album de conclure sur « Choral Ending », reprise des harmonies du premier thème par un chœur, dont l’accord majeur final libère de la mélancolie des titres précédents. Un disque magnifique, un disque de chevet, à placer aux côtés de Michael Nyman ou Vince Mendoza.

J.-S. G.

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Albert Marcœur

Plusieurs cas de figure

(labelfrères.com)


Enfin une pierre à rajouter à l’œuvre d’Albert Marcœur, la huitième en 27 ans (voir aussi Rééditions). Non que l’homme soit en panne de créativité, mais l’on imagine les difficultés rencontrées par les artistes dont la musique a « strictly no commercial potential ». Rappel des meilleures ventes : Star Academy, L5…Sans commentaires.

La musique : un travail d’artisan, au sens noble du terme. Albert Marcœur est un artisan et un orfèvre. Donc sa musique est art et précieuse. Plaisir et émotion. Entouré de ses fidèles, Claude et Gérard M. (à peu près tout), Stéphane Salerno et Farid Khenfouf (guitares), Élise Caron (voix), secondés par un orchestre d’amateurs, l’homme tisse des compos sinueuses, ou la répétition, l’entrelacs, les polyrythmies discrètes sont les bases sur lesquelles se posent dissonances, samples avec un sens de l’espace et du silence unique. Côté textes, M. Marcœur excelle dans la chronique douce-amère : le quotidien (« Le Pyjama », horriblement concis et efficace), la vacuité des « figures » de notre société (« De Pierre à Jean-Paul », « Anne chez elle », « BB », « Robert et les insectes », « Eddie »)… Le tout servi par une production-maison de grande classe, dans la continuité de Sports et Percussions et M, A, R et cœur comme cœur. En vente exclusivement sur www.marcoeur.com.

J.-S. G.

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Aziza Mustafa Zadeh

Shamans

(Decca/Universal)


La musique indienne a trouvé depuis longtemps un écho dans le monde jazz. Les rythmes et harmonies d’Amérique Latine, de même. Les pionniers du métissage jazz/tradition orientale se comptent, eux, sur les doigts d’une main. Depuis Ahmed Abdul Malik et son East Meets West de 1958, seul a réellement émergé Rabih Abou-Khalil et ses somptueux albums chez Enja. Tous deux sont d’ailleurs joueurs d’oud, instrument mélodique représentatif de la musique orientale. Voici maintenant Aziza Mustafa Zadeh. Native d’Azerbaïdjan, la dame chante et joue du piano, et de quelle manière ! Son nouvel album (le septième) nous la présente maître d’un art ô combien risqué, puisque le propos est de réunir rigueur et précision classique, improvisation et liberté du jazz avec le mugam, musique traditionnelle de son pays natal. Héritière en cela de son père, fondateur de l’Azerbaijani Mugam Jazz Movement, pionnier des années 70, dont la musique fut décrite par Dizzy Gillespie comme « ...venant d’une autre planète. C’est la musique du futur ! ». Aziza est-elle purement classique ? Non, mais sa voix oscille entre lyrique, scat et phrasés orientaux. Et son jeu de piano revendique attaque, dynamique, toucher et perlé qui peuvent faire des envieux dans le monde classique. Aziza est-elle purement jazz ? Non, mais son goût du risque et son audace harmonique et mélodique la placent au côté des grands. Aziza est-elle purement de tradition mugam ? Non, mais son âme orientale souffle sur tout l’album. Aziza est-elle purement musicienne ? Oui.

J.-S. G.